Les prestations de solidarité représentent 36 % du revenu disponible des ménages pauvres
En 2023, en France métropolitaine, 9,8 millions de personnes vivent sous le seuil de pauvreté, c’est-à-dire avec un niveau de vie inférieur à 1 288 euros par mois. Cela correspond à un revenu disponible inférieur à 1 288 euros par mois pour une personne seule et inférieur à 2 704 euros pour un couple avec deux enfants de moins de 14 ans. Les 40 % de personnes au niveau de vie le plus faible, dites « modestes », ont un niveau de vie inférieur à 1 919 euros par mois.
Les prestations de solidarité1 représentent au total 36 % du revenu disponible2 des ménages pauvres : 14 % de minima sociaux3, 10 % de prestations familiales, 9 % d’aides au logement, 3 % de prime d’activité et moins de 1 % de contrat d’engagement jeune.
La part des prestations de solidarité dans le revenu disponible diminue fortement avec le niveau de vie, représentant 11 % pour les ménages modestes non pauvres et 2 % pour les ménages au-delà du 4e décile4 de niveau de vie. À l’inverse, les revenus d’activité et du patrimoine augmentent avec le niveau de vie : ils représentent respectivement 36 % et 4 % du revenu disponible des ménages pauvres, 56 % et 4 % de celui des ménages modestes non pauvres, et 77 % et 14 % pour les ménages au-delà du 4e décile.
La redistribution diminue de 11 points le taux de pauvreté des enfants et des jeunes de moins de 20 ans
Jointes à la fiscalité directe5, les prestations de solidarité diminuent le taux de pauvreté de 6,3 points en 2023 : 15,4 % de la population métropolitaine est pauvre, contre 21,7 % (soit 13,8 millions de personnes) qui le serait si ces prestations et les impôts directs n'existaient pas. Cela représente une baisse de près d’un tiers du nombre de personnes pauvres.
L’effet de la redistribution sur le taux de pauvreté est particulièrement marqué pour les familles monoparentales (-21 points pour celles avec au moins 2 enfants), pour les familles nombreuses (-11 points pour les couples avec 3 enfants), pour les enfants et les jeunes de moins de 20 ans (-11 points), pour les personnes handicapées6 de 15 ans ou plus (-12 points), pour les chômeurs (-10 points) et pour les adultes inactifs non retraités (-13 points).
Toutefois, ces groupes ayant avant redistribution des taux de pauvreté très nettement supérieurs à la moyenne, ils ont tous, après redistribution, un taux de pauvreté supérieur à celui de l’ensemble de la population. Ainsi, 19 % des membres des couples avec 3 enfants, 22 % des moins de 20 ans et 26 % des personnes handicapées de 15 ans ou plus sont pauvres après redistribution. La situation est encore plus dégradée pour les membres des familles monoparentales ayant au moins 2 enfants (41 % de personnes pauvres), les chômeurs (36 %) et les adultes inactifs non retraités (37 %).
Moins concernés que la moyenne par la pauvreté avant redistribution, les retraités et les personnes en emploi salarié le sont toujours nettement moins que les autres après redistribution, avec des taux de pauvreté respectivement de 11 % et 7 % en 2023.
La redistribution réduit nettement les inégalités
Jointes à la fiscalité directe, les prestations de solidarité contribuent à réduire fortement les inégalités de niveau de vie entre les plus riches et les plus pauvres. Ainsi, en 2023, les 20 % des individus les plus aisés ont un niveau de vie en moyenne 4,5 fois plus élevé que les 20 % les plus modestes, mais ce rapport serait de 8,3 sans les transferts sociaux et fiscaux. De même, le rapport entre le 9e décile de niveau de vie et le 1er est de 3,5, mais serait de 5,9 sans la redistribution.
Ce jeu repose sur l’enquête Revenus fiscaux et sociaux (ERFS) de l’Insee. Il intègre pour cette édition les données de l’ERFS 2023. Il porte sur les personnes vivant en logement ordinaire en France métropolitaine.
Les prestations de solidarité incluses dans le champ de cette analyse sont les prestations familiales, les aides au logement, les minima sociaux, la prime d’activité, l’allocation du contrat d'engagement jeune et les aides exceptionnelles liées à l’inflation (en 2021 et 2022).
Les impôts inclus dans le champ de cette analyse sont l’impôt sur le revenu, la taxe d’habitation (jusqu’à sa suppression en 2023), la contribution sociale généralisée (CSG) et la contribution au remboursement de la dette sociale (CRDS).
Pour aller plus loin
Rieg, C., Rousset, A. (2025, juillet). Niveau de vie et pauvreté en 2023 : Taux de pauvreté et inégalités s’accroissent fortement. Insee. Insee Première, 2063.
Blasco, J., Cabannes, P.-Y., Echegu, O. (dir.) (2025, décembre). Minima sociaux et prestations de solidarité – édition 2025. Paris, France : Drees, coll. Panoramas de la Drees-social.
- 1
Les prestations de solidarité sont également appelées prestations sociales non contributives.
- 2
Cette part est calculée comme la moyenne des prestations de solidarité reçues par les ménages pauvres, rapportée à la moyenne de leur revenu disponible.
- 3
Les minima sociaux incluent ici le revenu du solidarité active (RSA), l’allocation aux adultes handicapés (AAH) et le minimum vieillesse.
- 4
Le 4e décile est le niveau de vie en dessous duquel se situent 40 % des personnes.
- 5
Essentiellement l’impôt sur le revenu, la contribution sociale généralisée (CSG) et la contribution pour le remboursement de la dette sociale (CRDS).
- 6
Une personne est dite handicapée si elle déclare « être fortement limitée, depuis au moins six mois, à cause d’un problème de santé, dans les activités que les gens font habituellement » (GALI).