L’espérance de vie sans incapacité à 65 ans est de 11,8 ans pour les femmes et de 10,2 ans pour les hommes en 2022

Études et résultats

N° 1290

Paru le 22/12/2023

Thomas Deroyon (DREES)
La Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (DREES) publie une étude qui actualise l’indicateur de l’espérance de vie sans incapacité à la naissance et à 65 ans pour l’année 2022. En France, l’espérance de vie à la naissance s’allonge régulièrement, même si elle a été affectée par l’épidémie de Covid-19 et qu’elle n’a pas encore retrouvé sa valeur de 2019, avant l’épidémie. Mais ces années supplémentaires de vie ne sont pas toutes nécessairement vécues « en bonne santé ». C’est pourquoi la DREES est en charge de publier un autre indicateur, l’espérance de vie sans incapacité, qui correspond au nombre d’années qu’une personne peut espérer vivre sans être limitée dans les activités de la vie quotidienne.


En 2022, l’espérance de vie sans incapacité à 65 ans s’élève à 11,8 ans pour les femmes et à 10,2 ans pour les hommes

Selon les dernières données calculées pour 2022, à 65 ans, les femmes peuvent espérer vivre 11,8 ans sans incapacité et les hommes, 10,2 ans. L’espérance de vie sans incapacité à 65 ans progresse en tendance depuis 2008, pour les femmes (+ 1 an et 9 mois) comme pour les hommes (+ 1 an et 6 mois). Sur cette période, l’espérance de vie sans incapacité à 65 ans a crû plus vite que l’espérance de vie à 65 ans. Aussi, parmi les années restant à vivre à 65 ans, la part de celles qui seront vécues sans incapacité croît depuis 2008 : elle est passée de 44,7 % en 2008 à 51,0 % en 2022 pour les femmes, et de 47,7 % en 2008 à 53,0 % en 2022 pour les hommes.

En 2022, l’espérance de vie sans incapacité atteint 65,3 ans pour les femmes et 63,8 ans pour les hommes

À la naissance, les femmes peuvent espérer vivre 65,3 ans sans incapacité et les hommes 63,8 ans en 2022. Les espérances de vie sans incapacité à la naissance augmentent depuis 2008 : + 9 mois pour les femmes, + 1 an et 1 mois pour les hommes.

L’espérance de vie à la naissance et l’espérance de vie sans incapacité : deux indicateurs chahutés par la crise sanitaire

La pandémie causée par le Covid-19 a eu une incidence forte sur l’évolution des espérances de vie et des espérances de vie sans incapacité. En 2020, les espérances de vie ont baissé, alors les espérances de vie sans incapacité stagnaient. En 2021 et 2022, les espérances de vie augmentent à nouveau légèrement, sans revenir à leur niveau d’avant l’épidémie de Covid-19, mais les espérances de vie sans incapacité connaissent des évolutions très heurtées (cf. ci-dessous l’encadré Précautions méthodologiques) : elles augmentent fortement en 2021 pour baisser en 2022 et retrouver un niveau proche de celui de 2020.

En France, l’espérance de vie sans incapacité à la naissance et à 65 ans est supérieure à la moyenne européenne

En 20211 , la France se positionne au quatrième rang de l’Union européenne à 27 pour l’espérance de vie sans incapacité des hommes à 65 ans, soit 1 an et 10 mois au-dessus de la moyenne européenne. Elle se situe au troisième rang pour les femmes avec un indicateur supérieur de 2 ans et 8 mois à la moyenne européenne.
La France se situe également au-dessus de la moyenne européenne pour les espérances de vie sans incapacité à la naissance des hommes (+2 ans et 5 mois) et des femmes (+2 ans et 8 mois), au cinquième rang pour les hommes et au sixième rang pour les femmes.

  • 1Année la plus récente pour laquelle les données d’espérance de vie sans incapacité sont disponibles pour tous les pays européens.

Précautions méthodologiques

Ces évolutions doivent être analysées avec prudence ; les espérances de vie sans incapacité, pour être calculées, nécessitent de disposer d’estimations de la part de la population déclarant être limitée depuis au moins six mois dans les activités que les gens font habituellement du fait d’un problème de santé. Ces estimations sont obtenues à l’aide d’une enquête2 qui usuellement est collectée par des entretiens en face-à-face mais qui, dans le contexte pandémique des années 2020 et 2021, a dû être collectée au téléphone, avant que la situation ne revienne à la normale en 2022. Or, une partie des personnes déclarant des limitations dans leurs activités sont plus difficiles à joindre en téléphone qu’en face-à-face, ce qui a pu conduire à sous-estimer la prévalence des limitations dans la population. Il est également possible que les réponses diffèrent suivant qu’elles sont obtenues par téléphone ou en face-à-face.

D’autre part, se déclarer limité dans ses activités quotidiennes dépend de son état de santé, mais aussi de son environnement, notamment de la manière dont celui-ci s’adapte pour faciliter la vie de chacun. Or, paradoxalement, dans le contexte pandémique où de nombreuses restrictions limitaient les activités que chacun pouvait réaliser (confinements, couvre-feux), les personnes souffrant de problèmes de santé peuvent s’être senties moins limitées durant la pandémie du fait de leur état de santé que dans des circonstances plus habituelles, car toute la population était restreinte dans ses activités. Il est ainsi possible que la forte hausse observée en 2021 ait été produite par les circonstances exceptionnelles causées par la pandémie de Covid-19. La baisse de 2022 correspondrait alors à un retour à la normale, qui serait suivi d’une reprise des hausses régulières observées depuis 2008. Il est aussi possible que les évolutions observées en 2022 soient le signe d’un changement de tendance pour cet indicateur, qui s’orienterait désormais à la baisse. Seules les données des années à venir permettront de départager ces deux hypothèses. 

  • 2L’enquête Statistiques sur les Revenus et les Conditions de Vie (SRCV) de l’INSEE.