Suicide : mesurer l’impact de la crise sanitaire liée au Covid-19 - Effets contrastés au sein de la population et mal-être chez les jeunes - 5e rapport / Septembre 2022

Sous la coordination scientifique de Valentin Berthou, Aristide Boulch, Monique Carrière, Hadrien Guichard, Jean-Baptiste Hazo, Adrien Papuchon, Charline Sterchele et Valérie Ulrich de la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (DREES).

Rapports

Paru le 06/09/2022 Màj le 25/10/2022
La Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (DREES) publie le cinquième rapport de l’Observatoire national du suicide depuis sa création en 2013. Pour la première fois, ce rapport présente les premiers effets de la crise sanitaire liée au Covid-19 en matière de risque suicidaire.


Dès mars 2020, la santé mentale de la population française s’est globalement dégradée sous l’effet de la crise sanitaire. Concernant le suicide, deux phénomènes importants peuvent être distingués avec des effets différents selon l’âge et le sexe des individus. Le premier concerne la baisse des décès par suicide et des recours aux soins pour lésions auto-infligées en population générale lors des deux confinements de 2020. Le second phénomène date du deuxième semestre 2020 et se caractérise par une hausse très marquée des gestes suicidaires chez les adolescentes et les jeunes femmes. Ce phénomène a perduré au moins jusqu’au premier semestre 2022 et appelle à la vigilance dans cette sous-population.

Des travaux de recherche et des recommandations de la Haute Autorité de Santé (HAS) convergent pour recommander une prévention globale du suicide des jeunes, s’appuyant sur un réseau d’acteurs entre lesquels des liens doivent être établis pour permettre un repérage des risques et une prise en charge coordonnée.

Centré sur l’impact de la pandémie de Covid-19 sur le suicide, ce cinquième rapport de l’Observatoire national du suicide est composé de deux dossiers thématiques et de 18 fiches.


Des gestes suicidaires en baisse au début de la pandémie, malgré une santé mentale qui décline 
Les gestes suicidaires ont diminué au début de la pandémie, malgré une augmentation des troubles anxio-dépressifs et des difficultés de sommeil. Les décès par suicide ont baissé respectivement de 20 % et 8 % durant les deux confinements de 2020 par rapport aux années précédentes. Les passages aux urgences et les appels aux centres anti-poison pour auto-intoxication ont aussi diminué pendant le premier confinement et au cours de l’été 2020 par rapport aux années précédentes. Les hospitalisations en court-séjour pour lésions auto-infligées, utilisées pour estimer le nombre d’hospitalisations pour tentatives de suicide, baissent également de 10 % en 2020 par rapport à la période 2017-2019. Selon la revue de littérature présentée dans ce rapport, cette baisse du nombre de gestes suicidaires s’observe dans la plupart des pays à revenus élevés ou moyens. Ce résultat suggère que certains aspects de la crise sanitaire, et tout particulièrement les épisodes de confinement, ont pu atténuer ponctuellement le risque suicidaire. Le sentiment de partage d’une épreuve collective, le moindre accès à certains moyens létaux, une surveillance accrue par les proches et une grande adaptation du système de soins psychiatriques peuvent expliquer ce phénomène. Cependant, si l’on considère les 15 mois écoulés de début janvier 2020 à fin mars 2021, le nombre global de décès par suicide, leur répartition selon l’âge ou le lieu du décès ne paraissent pas avoir été affectés par la pandémie. En France, sur cette période, 11 210 décès par suicide, dont 75 % concernent des hommes, ont été dénombrés grâce à un algorithme d’identification automatique des suicides dans les certificats de décès. Le chiffre annuel correspondant, non définitif, est ainsi légèrement inférieur à la moyenne observée au cours de la période 2015-2019 et semble s’inscrire dans la tendance à la baisse observée depuis le milieu des années quatre-vingt.

En novembre 2020, selon l’enquête Epicov, 2,8 % des 15 ans ou plus déclarent avoir pensé à se suicider au cours des douze derniers mois (2,5 % des hommes et 3,1 % des femmes). Cette proportion varie significativement selon les caractéristiques sociodémographiques et les comorbidités des individus, notamment en la défaveur des femmes, des personnes dans une situation financière difficile, de celles présentant un handicap, des syndromes anxio-dépressifs, des comportements boulimiques ou des symptômes évocateurs du Covid-19. Les individus jeunes sont également significativement plus touchés : 5,0 % des 15-24 ans (3,6 % des hommes et 6,4 % des femmes de cette tranche d’âge) sont concernés, contre 1,3 % des personnes âgées de 75 ans ou plus (0,9 % des hommes et 1,6 % des femmes de cette tranche d’âge).

Une forte hausse du nombre de gestes suicidaires chez les jeunes, en particulier les jeunes femmes, à partir du second semestre 2020
Que ce soient pour les mineurs, les adolescents ou les jeunes adultes, et particulièrement pour ceux de sexe féminin, les travaux scientifiques montrent des taux de symptômes anxieux et dépressifs particulièrement élevés dès le début de la crise sanitaire, avec des pics pendant les épisodes de confinement. À partir de la fin 2020, un fait nouveau apparaît avec une augmentation très marquée des recours aux soins pour pensées et gestes suicidaires chez les adolescentes et les jeunes femmes. Ces évolutions accentuent des tendances préexistantes à la crise sanitaire. La plus grande vulnérabilité psychologique des jeunes face à la crise sanitaire a agi comme un facteur de risque supplémentaire à une santé mentale dégradée et aux conduites suicidaires, dont la crise du Covid-19 a joué un rôle d’accentuation et de révélateur.
Dans ce contexte, des recherches financées par l’Observatoire national du suicide soulignent que la prévention du suicide auprès des jeunes fonctionne quand elle est systémique, c’est à dire quand les différentes ressources s’articulent et se renforcent. Les résultats de ces recherches invitent également à interpréter le geste auto-infligé à la lumière de la trajectoire de l’individu plutôt que comme un acte isolé.


Une forte différenciation sociale du risque suicidaire
Ce rapport contient présente également une analyse inédite sur les conduites suicidaires en fonction des caractéristiques socio-démographiques, et en particulier du niveau de vie. L’appariement de l’échantillon démographique permanent (EDP) au Système national de données de santé (SNDS), exploité dans le rapport, permet d’analyser les tentatives de suicide en population générale, tout en apportant un éclairage inédit sur les inégalités socio-économiques. Sur des données antérieures à la crise sanitaire, un écart très marqué des taux d’hospitalisation pour lésions auto-infligées en fonction du niveau de vie est observé : ces taux sont plus élevés chez les plus modestes et plus faibles chez les plus aisés. Ce gradient est visible à quasiment tous les âges, et s’estompe seulement aux âges élevés. Pour tous les niveaux de vie, les femmes sont particulièrement vulnérables entre 15 et 19 ans mais plus particulièrement pour celles appartenant aux 25 % des ménages les plus modestes, leur taux d’hospitalisation pour lésions auto-infligées est ainsi près de huit fois supérieur à celui des hommes du même âge appartenant aux 25 % des ménages les plus aisés.

18 fiches thématiques présentant les dernières informations disponibles en matière de statistique
Les 18 fiches permettent de saisir de nombreux résultats statistiques sur les effets de la pandémie sur la santé mentale et les conduites suicidaires et reflètent la richesse des données disponibles en France. Elles s’appuient sur les sources habituellement mobilisées et exploitées, dans certains cas, de manière originale et plus rapide telles que les causes médicales de décès, les hospitalisations pour gestes auto-infligés ou encore le baromètre santé de Santé publique France. Elles mobilisent aussi les enquêtes conduites spécifiquement à l’occasion de la pandémie ainsi que de nouvelles sources, comme les données issues des centres antipoison. Les adaptations au contexte pandémique des actions de prévention du suicide, qu’il s’agisse de celles menées par les associations d’écoute et de prévention du suicide ou dans le cadre de la stratégie nationale de prévention du suicide, font également l’objet de fiches. D’autres fiches, sans lien avec la pandémie, portent sur des travaux originaux réalisés dans la continuité des rapports précédents. En complément, un Recueil numérique « Covid-19 & Suicide », proposant plus de 1 000 références ciblées couvrant la période de mars 2020 à juin 2022, est disponible sur le site Web de l’Observatoire national du suicide hébergé par la DREES.

L’Observatoire national du suicide (ONS), présidé par Monsieur le ministre chargé de la santé, a été créé par décret en septembre 2013 et renouvelé en août 2018. Son animation scientifique et son secrétariat sont assurés par la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (DREES). Les missions qui lui sont assignées sont définies par le décret no 2018-688 du 1er août 2018 (en annexe). L’ONS est composé d’une cinquantaine de personnalités qualifiées, nommées par arrêté (médecins, chercheurs, experts) et d’associations de prévention du suicide. Il permet de mieux connaître la réalité des conduites suicidaires. L’Observatoire a pour missions de coordonner les différents producteurs de données, et d’identifier des sujets de recherche et d’études en les priorisant et en les promouvant auprès des chercheurs.

Les quatre premiers rapports déjà publiés (2014, 2016, 2018 et 2020) offrent une visibilité nationale aux données disponibles et aux recherches menées sur le phénomène suicidaire. Ils permettent également de faire progresser les connaissances sur le suicide, les tentatives de suicide, les idées suicidaires ainsi que sur les facteurs de risque et les trajectoires individuelles pouvant conduire au geste suicidaire. L’Observatoire produit une Veille stratégique reprenant l’essentiel de l’actualité documentaire consacrée au suicide, diffusée de manière régulière à ses membres et aux professionnels intéressés.

Ce cinquième rapport traite des conséquences de la crise sanitaire liée au Covid-19 sur les conduites suicidaires. Il fait état de travaux initiés dès le début de la pandémie et conduits pendant presque deux ans. Il se compose de deux grands dossiers et de dix-huit fiches thématiques.

Le premier dossier consiste en une revue de la littérature nationale et internationale sur les conduites suicidaires lors de la pandémie de Covid-19. La première partie synthétise les études consacrées à l’évolution des conduites suicidaires durant la première année de la pandémie. La deuxième analyse l’impact de la pandémie sur la santé mentale et les facteurs de risque associés. La troisième aborde les effets spécifiques de la pandémie chez les étudiants et chez les jeunes adultes. La quatrième partie se concentre sur le vécu des enfants et des adolescents. Enfin, une cinquième partie présente le Recueil numérique « Covid-19 & Suicide » proposant plus de 1 000 références ciblées couvrant la période de mars 2020 à juin 2022, ayant servi de trame à cette revue de littérature.

Le second dossier est consacré à la restitution de quatre recherches sur la prévention du suicide des jeunes, financées par la Mission Recherche (MiRe) de la DREES dans le cadre des travaux de l’ONS. Il contient une courte synthèse de chacun de ces travaux, précédée d’une analyse transversale et mise en perspective par Christian Baudelot, sociologue et membre de l’ONS. Ces recherches ont démarré avant la pandémie de Covid-19, pour aboutir en 2020 et 2021. Elles prennent toute leur importance dans le contexte de cette crise, qui a particulièrement affecté la santé mentale des jeunes.

Les dix-huit fiches permettent de saisir de nombreux résultats statistiques concernant les effets de la pandémie sur la santé mentale et les conduites suicidaires. Elles reflètent la richesse des données disponibles et s’appuient sur les sources habituellement mobilisées (les causes de décès, les hospitalisations pour gestes auto-infligés, le Baromètre santé de Santé publique France), sur les nombreuses enquêtes conduites à l’occasion de la pandémie et, enfin, sur de nouvelles sources, comme les données issues des centres antipoison. Les adaptations au contexte pandémique des actions de prévention du suicide, qu’il s’agisse de celles menées par les associations d’écoute et de prévention du suicide ou dans le cadre de la stratégie nationale de prévention du suicide, font également l’objet de fiches. Enfin, certaines, sans lien avec la pandémie, portent sur des travaux originaux réalisés dans la continuité des rapports précédents.

Synthèse

Dossiers

Fiches

  • Impact de la crise sanitaire sur les conduites suicidaires et la santé mentale
  • Autres travaux sur le suicide

Annexes

Ce rapport a été réalisé sous la coordination scientifique de Valentin Berthou, Aristide Boulch, Monique Carrière, Hadrien Guichard, Jean-Baptiste Hazo, Adrien Papuchon, Charline Sterchele et Valérie Ulrich de la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (DREES).

Il a bénéficié de la relecture de Franck Arnaud, sous-directeur des synthèses, des études économiques et de l’évaluation (DREES).

Ont contribué au dossier 1 :
Marion David (Centre nantais de sociologie)
Monique Carrière (DREES)

Ont contribué au dossier 2 :
Christian Baudelot (École normale supérieure)
Pierre Chalmeton (Fédération nationale des observatoires régionaux de la santé [FNORS])
Céline Chollet (FNORS)
Muriel Dhénain (Haute Autorité de santé)
Karine Goueslard (CHU de Dijon)
Fabrice Jollant (université de Paris et GHU Paris psychiatrie et neurosciences)
Inès Khati (FNORS)
Bérénice Lambert (FNORS)
Vanessa Laurent (FNORS)
Céline Leclerc (FNORS)
Philippe Le Moigne (Centre de recherche médecine, sciences, santé, santé mentale, société)
Patricia Medina (FNORS)
Margot Morgiève (Centre de recherche médecine, sciences, santé, santé mentale, société)
Cynthia Morgny (FNORS)
Charles-Édouard Notredame (CHU de Lille, Inserm)
Catherine Quantin (CHU de Dijon et Inserm)
Nathan Storme (CHU de Lille)
Lise Trottet (FNORS)

Ont contribué aux fiches :
Fiche 1 : Anne Fouillet, Isabelle Pontais, Céline Caserio-Schönemann (Santé publique France), Diane Martin et Grégoire Rey (Inserm-CépiDc)
Fiche 2 : Cécile Forgeot et Céline Caserio-Schönemann (Santé publique France)
Fiche 3 : Philippe Pirard, Francis Chin, Imane Khiredine et Nolwenn Regnault (Santé publique France)
Fiche 4 : Dominique Vodovar (université de Paris, Inserm et association des centres antipoison), Ingrid Blanc-Brisset (CHU de Bordeaux et association des centres antipoison) et Fabrice Jollant (université Paris Cité et GHU Paris psychiatrie et neurosciences)
Fiche 5 : Jean-Baptiste Hazo et Aristide Boulch (DREES), en collaboration avec le groupe EpiCov
Fiche 6 : Alexandra Rouquette (université Paris-Saclay), Camille Davisse-Paturet (Inserm) et Jean-Baptiste Hazo (DREES)
Fiche 7 : Christophe Léon et Enguerrand du Roscoät (Santé publique France)
Fiche 8 : Christophe Léon et Enguerrand du Roscoät (Santé publique France)
Fiche 9 : Coralie Gandré (Institut de recherche et documentation en économie de la santé)
Fiche 10 : Marielle Wathelet, Guillaume Vaiva et Fabien D’Hondt (CHU de Lille)
Fiche 11 : Melissa Macalli et Christophe Tzourio (Inserm, université de Bordeaux)
Fiche 12 : Françoise Facy et Marc Fillatre (Union nationale de prévention du suicide)
Fiche 13 : Pascale Fritsch (Direction générale de la santé)
Fiche 14 : Grégoire Rey (Inserm-CépiDc)
Fiche 15 : Claire Scodellaro (Institut national d’études démographiques)
Fiche 16 : Pauline Mercier (Direction générale de la santé) et Pierre Thomas (Pôle national du 3114)
Fiche 17 : Charline Sterchele, avec la collaboration de Samuel Allain et Noémie Courtejoie (DREES)
Fiche 18 : Virginie Gigonzac, Imane Khireddine-Medouni, Christine Chan-Chee, Laurence Chérié-Challine (Santé publique France)

Ce rapport a bénéficié de la collaboration scientifique de l’ensemble des membres de l’Observatoire national du suicide, de ceux du groupe de travail « Données statistiques » et du groupe de travail « Axes de recherche ».

Il est édité par le bureau des publications et de la communication de la DREES :
Directeur de publication : Fabrice Lenglart
Responsable d’édition : Valérie Bauer-Eubriet
Coordination éditoriale : Laura Dherbecourt et Elisabeth Castaing
Correction : Laura Dherbecourt
Conception graphique : Philippe Brulin
Maquette : NDBD

 

 

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