Le suicide, trois fois plus fréquent chez les hommes, deux fois plus chez les plus modestes

Études et résultats

N° 1364

Paru le 29/01/2026

Jean-Baptiste Hazo
La Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees) publie une étude sur les inégalités sociales de suicide à partir d’une source originale permettant de croiser causes médicales de décès, niveau de vie, lieu de naissance et caractéristiques sociales d’un large échantillon représentatif de la population.

Aux trois-quarts masculins, les suicides sont deux fois plus fréquents chez les plus modestes

Les hommes sont plus concernés par la mortalité par suicide (2,1 % de l’ensemble des décès masculins contre 0,7 % des décès féminins). Cette problématique est marquée, pour les femmes comme pour les hommes, par une forte inégalité sociale en la défaveur des plus modestes. Entre 2011 et 2021, le taux de suicide moyen des femmes varie de 9,0 pour 100 000 habitants parmi les 10 % les plus modestes en termes de niveau de vie (D1) à 4,1 pour 100 000 parmi celles appartenant aux 10 % les plus aisées (D10) ; chez les hommes, le taux varie de 25,7 à 11,3 pour 100 000 entre ces deux dixièmes de la population (graphique ci-dessous). Cette inégalité sociale se maintient à toutes autres caractéristiques égales par ailleurs et est à mettre en lien avec le caractère disqualifiant et stigmatisant de la pauvreté moderne, qui fragiliserait les liens sociaux essentiels à la préservation de la santé mentale.
 

 

Les personnes nées à l’étranger, particulièrement celles d’origine extra-européenne, se suicident moins que celles nées en France

Le lieu de naissance des individus est très corrélé au risque de décès par suicide : le risque est le plus élevé chez les hommes originaires de l’Ouest de la Métropole, tout particulièrement les bretons de naissance ; à l’inverse, les hommes nés à l’étranger, particulièrement en Afrique subsaharienne, ont un risque de décès par suicide plus faible. Les différences territoriales sont un peu moins marquées chez les femmes bien que les bretonnes et normandes de naissance se suicident significativement plus que la moyenne, à l’inverse des femmes originaires d’Afrique.

La plus forte proportion d’immigrés dans les groupes les plus modestes de la population tempère la corrélation entre pauvreté et suicide : lorsqu’on restreint l’analyse aux personnes nées en France, l’écart entre les 10 % les plus modestes et les 10 % les plus riches se creuse, les derniers ayant des taux de suicide environ trois fois inférieurs à ceux des premiers, chez les hommes comme chez les femmes.

Par ailleurs, un facteur de risque lié à la ruralité et à l’éloignement des pôles urbains apparait, surtout chez les hommes : indépendamment de la CSP, plus la taille de la commune est petite, plus les taux de suicide sont élevés.

 

Les hommes cadres plus protégés que les agriculteurs, ouvriers et employés ; chez les femmes un résultat contre-intuitif

Chez les hommes de plus de 25 ans, les agriculteurs, les employés, et les ouvriers présentent un surrisque de suicide de, respectivement, 40, 30 et 29 % par rapport aux cadres et professions intellectuelles supérieures, à caractéristiques socio-économiques identiques. Chez les femmes en revanche, peu de différences significatives sont observées en lien avec la catégorie professionnelle, à l’exception des cadres ou anciennes cadres de plus de 65 ans qui présentent pour leur part un taux de suicide légèrement augmenté.

Autre différence de genre notable : un haut niveau de diplôme est associé à une baisse du risque de suicide chez l’homme alors que ce n’est pas le cas chez la femme.

Les analyses portent sur un échantillon de la population française. De ce fait, il n’est pas possible d’estimer avec précision les taux de suicide pour des professions regroupant trop peu d’individus. Certaines populations comme les policiers et les militaires présentent des taux de suicide élevés, sans qu’il soit possible d’affirmer avec les données utilisées que ces risques sont significativement supérieurs à la moyenne.


Le veuvage est un facteur de risque majeur, particulièrement chez les hommes

Le fait d’avoir survécu à son conjoint multiplie par 2 le risque de suicide chez les femmes et par 9 chez les hommes ; chez ces derniers, ce veuvage expliquerait une large part de la surmortalité suicidaire après 65 ans. Plus généralement, à âge égal, les personnes veuves, célibataires ou divorcées présentent des taux de suicide plus élevés que celles en couple. A l’inverse, la présence d’enfants et la vie en ménage réduisent le risque. Les analyses montrent toutefois des différences de genre : le couple est surtout associé à un risque de suicide plus faible pour les hommes, tandis que, pour les femmes, c’est plutôt la présence d’enfants qui est associée à un moindre risque de suicide.


Le principal facteur de risque demeure la présence d’un trouble psychiatrique

La présence d’un trouble psychiatrique constitue un facteur majeur de risque : les taux observés chez les personnes concernées sont jusqu’à trente fois supérieurs à ceux de l’ensemble de la population, notamment pour les troubles addictifs, la bipolarité, les troubles anxieux et dépressifs. Sur la période 2015-2020, la moitié des suicides observés chez les individus de l’échantillon concernent des personnes identifiées avec un trouble psychiatrique probable, avec cependant des écarts marqués selon le sexe. Toutefois, même après la prise en compte de ces troubles, les liens entre niveau de vie, catégorie socioprofessionnelle et suicide demeurent.
 

Si vous êtes en détresse et/ou avez des pensées suicidaires, si vous voulez aider une personne en souffrance, vous pouvez contacter le numéro national de prévention du suicide, le 3114.
Il est accessible 24h/24 et 7j/7, gratuitement, en France entière.
Un professionnel du soin, spécifiquement formé à la prévention du suicide, sera à votre écoute.

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